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Bac 2027 · Terminale

Dissertation de Philo : la Méthode pour Démarrer et ce qui Fait la Note

Aucun texte officiel n'impose thèse-antithèse-synthèse. Ce que l'échelle Éduscol note vraiment, et les quatre gestes pour démarrer une dissertation de philo.

Laurent Scornet

· 9 min de lecture

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Aucun des trois textes officiels qui régissent l'épreuve de philosophie ne contient le mot « plan ». Ni « thèse, antithèse, synthèse ». Ce qui est noté, c'est un problème posé, un raisonnement progressif et des concepts analysés. La moyenne s'obtient sans une seule citation de philosophe.

Votre enfant rentre de terminale avec sa première dissertation à rendre, et la consigne qu'il a retenue tient en trois mots : thèse, antithèse, synthèse. Il passe sa soirée à chercher une troisième partie qui « dépasse » les deux premières, et rend une copie notée 8.

Ce n'est pas un problème de travail. C'est un problème de cible. Le schéma qu'il applique ne figure dans aucun texte de l'Éducation nationale — et il produit exactement le type de copie que l'échelle officielle place sous la moyenne.

Voici ce que les textes demandent réellement, et par où démarrer.

Que demande l'épreuve de philosophie au baccalauréat ?

L'épreuve écrite dure 4 heures et compte pour un coefficient 8 en voie générale, sur un total de 100 pour le baccalauréat.

Trois sujets sont proposés au choix. Deux sont des sujets de dissertation, définis par la note de service comme « une question simple qu'il est demandé aux candidats de traiter ». Le troisième est un texte à expliquer.

Le même texte ajoute une précision qui change la préparation. Les sujets donnent l'occasion de mobiliser une culture philosophique « sans pour autant exiger des connaissances approfondies, une familiarité avec telle ou telle tradition philosophique ou encore une habileté hors de portée d'un candidat moyen ».

Combien de notions au programme de terminale ?

Le programme tient en trois chiffres :

  • 17 notions au programme de terminale générale (l'art, le bonheur, la conscience, le devoir, l'État, l'inconscient, la justice, le langage, la liberté, la nature, la raison, la religion, la science, la technique, le temps, le travail, la vérité) ;
  • 3 perspectives : l'existence humaine et la culture, la morale et la politique, la connaissance ;
  • 31 repères conceptuels (absolu/relatif, légal/légitime, persuader/convaincre…).

Ces trois perspectives « déterminent et donc limitent les sujets qui peuvent être donnés au baccalauréat ». Autrement dit, le champ des sujets possibles est borné, et il est public. Ce n'est pas une matière où l'on peut tomber sur n'importe quoi.

Pourquoi « thèse, antithèse, synthèse » n'est écrit nulle part ?

Trois textes encadrent cette épreuve : le programme (arrêté du 19 juillet 2019), la note de service n° 2020-023 du 11 février 2020 qui définit l'épreuve, et le document d'accompagnement d'Éduscol qui fixe l'échelle de notation.

Que disent les textes à la place ?

Le mot « plan » n'apparaît dans aucun des trois. « Dialectique » non plus. « Thèse, antithèse, synthèse » non plus.

Le seul endroit où le mot « synthèse » figure dans le programme, c'est dans la liste des repères, sous la forme du couple analyse/synthèse — une distinction conceptuelle à savoir manier, pas une troisième partie à écrire. Un repère à manier n'est pas un plan à écrire.

Le programme est explicite sur ce point : « composer une explication de texte ou une dissertation ne consiste pas à se soumettre à des règles purement formelles. Il s'agit avant tout de développer un travail philosophique personnel et instruit des connaissances acquises. »

Ce que la note de service demande à la place, c'est de « composer avec méthode un travail écrit : poser et formuler un problème, organiser sa réflexion en étapes différenciées, enchaîner logiquement ses idées en établissant une transition entre elles, argumenter sur la base de raisons explicites, proposer et justifier une conclusion ».

« Étapes différenciées » : le texte ne dit ni combien, ni dans quel ordre. Deux étapes solides valent mieux que trois étapes dont la dernière est un compromis mou.

Que note vraiment le correcteur ?

Éduscol publie une échelle de notation par paliers. Elle mérite d'être lue en entier, parce qu'elle contredit trois idées reçues d'un coup.

PalierCe qu'il faut avoir fait
Pas moins de 10Un effort de problématisation, un effort de définition des notions, l'examen de réponses possibles, une cohérence globale du propos
Pas moins de 12Si, en plus, il y a mobilisation de références et d'exemples pertinents
Pas moins de 14Si, en plus, le raisonnement est construit, progressif, et les affirmations rigoureusement justifiées
Pas moins de 16Si, en plus, la copie témoigne de la maîtrise de concepts philosophiques utiles (notions, repères) et du souci des enjeux de la question

Faut-il des références pour avoir la moyenne ?

Trois conséquences concrètes.

La moyenne ne demande aucune citation de philosophe. Les références n'apparaissent qu'au palier 12. Un élève qui pose correctement un problème, définit ses termes et examine des réponses possibles a 10, même sans avoir retenu une ligne de Kant. Les références déplacent une copie de 10 à 12 ; elles ne la font pas passer de 0 à 10.

Chaque ligne est un plancher, pas un plafond. Éduscol le précise : « il ne serait pas raisonnable de porter une note plus basse », mais « si certains éléments positifs le justifient, on peut porter une note plus haute ».

Le 20 n'exige pas la perfection. Le texte est littéral : « Pour obtenir la note 20/20, une copie n'est pas tenue d'être "parfaite" : il suffit qu'elle représente ce qu'on peut attendre de mieux d'un élève débutant en philosophie pour un nombre d'heures de cours donné. »

Enfin, l'évaluation ne se réfère « à aucun barème venant décomposer, partie par partie, la notation ». Il n'existe pas de points à gratter pour une introduction bien faite. La note « correspond à une appréciation qui est toujours globale ».

Qu'est-ce qui fait tomber une copie sous 10 ?

L'échelle décrit aussi la zone 6-9, et la liste est instructive. Une copie intelligible qui ne répond pas aux critères de l'épreuve, c'est :

  • un propos excessivement général ou sans rapport avec la question posée ;
  • une juxtaposition d'exemples sommaires ou anecdotiques ;
  • une accumulation de lieux communs ;
  • une récitation de cours sans traitement du sujet ;
  • « une copie qui aurait pu être rédigée au début de l'année, sans aucun cours de philosophie ».

Relisez la première et la quatrième. Un plan appris par cœur et plaqué sur n'importe quel sujet produit mécaniquement les deux : un propos général et une récitation. Le schéma censé sécuriser la copie est précisément ce qui la fait basculer sous la moyenne.

Par où démarrer une dissertation de philosophie ?

Le geste initial n'est pas de chercher un plan. C'est de transformer la question en problème. La méthode tient en quatre mouvements, à faire au brouillon.

Comment passer de la question au problème ?

1. Répondre oui, avec une raison. « La liberté, est-ce faire ce que l'on veut ? » — Oui : être libre, c'est ne pas subir de contrainte extérieure.

2. Répondre non, avec une raison aussi valable. Non : celui qui suit toutes ses impulsions obéit à ses désirs, il ne les choisit pas.

3. Nommer ce qui coince entre les deux. Les deux réponses utilisent le mot « vouloir » dans deux sens différents : le désir immédiat et la volonté réfléchie. C'est ça, le problème. Il est logé dans un mot du sujet qui porte deux sens.

4. Écrire ce problème en une phrase. « Faut-il entendre par "ce que l'on veut" ce que l'on désire sur le moment, ou ce que l'on a choisi de vouloir ? » Cette phrase, c'est la problématique. Elle ne s'invente pas avant l'analyse : elle en sort.

Les étapes du devoir découlent alors du problème lui-même, et leur nombre n'a pas à être décidé d'avance.

Pour l'explication de texte, une précision utile à ceux qui l'écartent par peur de ne pas connaître l'auteur : « Le candidat n'est tenu de connaître, ni la doctrine de l'auteur, ni son œuvre, en totalité ou en partie. » Tout est dans le texte fourni.

Comment répartir les 4 heures de l'épreuve ?

Une répartition qui tient pour un premier devoir :

  • 45 à 60 minutes de brouillon : les quatre mouvements ci-dessus, puis les étapes du développement en une ligne chacune ;
  • 2 h 15 de rédaction au propre, introduction comprise, directement sur la copie ;
  • 20 minutes de conclusion, rédigée sans se presser : elle doit répondre au problème posé en introduction ;
  • 15 minutes de relecture orthographe et syntaxe — « la clarté et la correction de l'expression sont requises ».

L'erreur classique consiste à rédiger tout le devoir au brouillon puis à le recopier. Il n'y a pas le temps, et la copie s'arrête au milieu de la deuxième partie.

Que peut faire un parent qui n'a jamais fait de philosophie ?

Vous n'avez pas besoin d'avoir fait de philosophie pour être utile. Trois gestes suffisent.

Ne corrigez pas le fond. Vous n'êtes pas en mesure de juger la pertinence d'une analyse de la notion de justice, et ce n'est pas le sujet.

Demandez la phrase du problème. « Tu peux me dire en une phrase la question à laquelle tu réponds ? » S'il n'y arrive pas, la copie n'est pas prête — et c'est le seul diagnostic qui compte avant la rédaction.

Faites-lui préférer une dissertation complète à cinq plans détaillés. Le palier 14 exige un raisonnement « construit, progressif » et des transitions : cela ne s'acquiert qu'en rédigeant en continu, sous contrainte de temps.

Enfin, gardez en tête que les 17 notions sont à revoir sur toute l'année, pas en mai. Une notion reprise trois fois à un mois d'intervalle tient ; la même notion révisée trois fois la semaine du bac ne tient pas.

FAQ

Combien de parties faut-il faire dans une dissertation de philosophie ?

Aucun texte officiel ne fixe de nombre. La note de service demande d'« organiser sa réflexion en étapes différenciées », sans en préciser la quantité. Deux étapes réellement distinctes et bien enchaînées valent mieux qu'une troisième partie ajoutée pour respecter un schéma.

Faut-il citer des philosophes pour avoir la moyenne ?

Non. L'échelle d'évaluation d'Éduscol place la mobilisation de références au palier 12. Le palier 10 n'exige qu'un effort de problématisation, un effort de définition des notions, l'examen de réponses possibles et une cohérence globale du propos.

Quelle est la durée et le coefficient de l'épreuve de philosophie ?

L'épreuve écrite dure 4 heures et son coefficient est de 8 en voie générale, sur un total de 100. Le contrôle continu représente par ailleurs 40 % de la note finale du baccalauréat.

Mon enfant veut prendre l'explication de texte mais ne connaît pas l'auteur : est-ce risqué ?

La note de service précise que le candidat « n'est tenu de connaître, ni la doctrine de l'auteur, ni son œuvre ». Il doit rendre compte d'une compréhension précise du texte fourni et du problème qu'il pose. La connaissance préalable de l'auteur n'est pas attendue.

Comment aider quand on n'a jamais fait de philosophie ?

En vérifiant une seule chose : que votre enfant sache formuler en une phrase le problème auquel il répond. C'est le critère qui sépare le palier 6-9 (« propos excessivement général ») du palier 10, et il ne demande aucune culture philosophique pour être posé.


La philosophie est la seule matière où votre enfant démarre l'année en « grand débutant » — Éduscol emploie l'expression — et doit produire en juin un exercice qu'il découvre en septembre. Ce décalage explique la panique, pas un manque de capacité.

Ce qui la réduit, c'est de viser la bonne cible dès le premier devoir : un problème formulé, des notions définies, des réponses examinées. Le reste s'ajoute par paliers.

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Sources officielles

Bac 2027TerminalePhilosophieMéthode
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